Suite de l’interview de l’ancien Chef de Service d’Hygiène Hospitalière du Centre hospitalier de Versailles, le docteur Allouch.

« Docteur Allouch, faut-il donc avoir la phobie des microbes, particulièrement dans l’environnement à l’hôpital ? »

L’hôpital avant tout, c’est une énorme machine qui soigne des patients, et il soigne beaucoup plus qu’il ne nuit. Si vous n’êtes pas accueilli avec sympathie, vous avez de fortes chances d’être mal soigné.

Cependant, sur le plan du risque infectieux, fort heureusement, les choses ne sont pas aussi schématiques. Vous n’avez pas plus de chance d’attraper une infection dans le hall d’entrée de l’hôpital, que dans le hall d’entrée d’un grand cinéma.

 

En période d’épidémie d’infections respiratoires, grippe par exemple, vous risquez davantage la contamination dans une rame de métro, que dans le hall d’un hôpital. Il y a cependant une exigence très forte, le hall d’entrée de l’hôpital doit être aussi propre que le hall d’entrée d’un grand hôtel. A aucun moment dans le hall, malgré les va-et-vient, on ne doit voir de salissures, papiers gras, mégots de cigarettes…

 

Si maintenant, je me porte à l’autre bout de la chaîne, c’est-à-dire dans un bloc opératoire de chirurgie orthopédique ou de chirurgie cardiaque, là tout doit être minutieusement vérifié. Bien sûr, les sols doivent être nettoyés et désinfectés, c’est-à-dire sans microbes, les murs doivent être nettoyés et désinfectés, la table d’opération doit être nettoyée et désinfectée, le cyalitique qui illumine le champ opératoire doit être nettoyée et désinfectée. Cette absence de microbes s’obtient en combinant plusieurs facteurs. Un lavage rigoureux des sols et des surfaces suivis par une opération de désinfection, opération visant à tuer les microbes.

 

Nos chirurgiens vont être littéralement empaquetés dans leur tenue opératoire pour qu’aucune des squames de leur peau, qu’aucun cheveu ou poil porteur de germes ne vienne au contact de la plaie ou dans l’environnement du malade. On pousse même la rigueur jusqu’à fournir au patient un air filtré distribué dans une chambre à flux laminaire. Il est hors de question de passer à côté d’un nettoyage et d’une désinfection rigoureuse des surfaces ! (voir le protocole de bionettoyage à suivre).

« Parlez-vous de ces fameuses zones à risques ? »

Effectivement, c’est le sens de mon propos. Je vous l’ai dit, le hall d’entrée, comme le bloc opératoire doivent être propres. Cependant le risque infectieux n’étant pas le même au bloc opératoire et dans le hall d’entrée, la désinfection ne sera pas identique. Nous en arrivons donc à définir des zones à risque.

La zone n°4 est celle où le risque est maximum. Vous l’avez compris, c’est la zone du bloc opératoire, c’est la zone des services de greffes, c’est la zone des services de brûlés, à l’opposé la zone n°1 est constitué d’endroit où le risque infectieux est quasiment nul, c’est le cas des halls, des bureaux, des services administratifs et techniques.

Entre cette zone 1, dite zone à risque minime et cette zone 4 dite zone à très haut risque, on trouve la zone n°2 dite à risque moyen, ce sont les zones de maternité, les soins de suite, les soins de longues durées, éventuellement la zone des laboratoires et enfin la zone 3 où les risques peuvent être sévères : les soins intensifs, la réanimation, les salles de radiographie interventionnelle. À chaque zone correspond un niveau de désinfection approprié.

« Quelles sont les différences entre nettoyage et bionettoyage ? »

On comprend bien que le vieil adage « qui peut le plus peut le moins », ne s’applique pas en ce qui concerne le nettoyage à l’hôpital. Hors de question de faire le même nettoyage à la traque des bactéries dans le hall d’entrée de l’hôpital et dans le bloc opératoire. Cependant, nous ne pouvons pas avoir quatre ou cinq méthodes de nettoyage de sols différentes dans l’hôpital. Il a donc fallu inventer le fameux bionettoyage qui s’effectue par une détergence et une désinfection de toutes les surfaces.

 

Pour se débarrasser des microbes, il faut d’abord se débarrasser de la crasse, de la saleté derrière laquelle ils se cachent. Lorsque nous voulons désinfecter une surface, c’est-à-dire enlever les bactéries présentes sur cette surface et les tuer, nous devons dans un premier temps la nettoyer. Ce nettoyage s’obtient par une étape de détergence.

Nous allons laver cette surface (si je prends comme détergent de l’eau et du savon, avec les bulles de savon mettre en suspension les salissures de manière à ensuite pouvoir les enlever et les rincer).

Après l’étape de détergence, j’ai donc une surface parfaitement propre mais sur laquelle peuvent encore résider des bactéries. Sur cette surface propre, je vais appliquer un désinfectant qui va tuer ces bactéries. La plupart des désinfectants chimiques n’agissent pas immédiatement. Il faut qu’ils soient en contact un certain temps avec la bactérie. On applique donc le désinfectant chimique en une couche très fine qui sèche et lorsqu’elle est sèche, a priori toutes les bactéries ont été tuées. C’est une méthode qui est longue puisqu’il y a d’abord la nécessité d’enlever les salissures puis de faire une détergence, enfin d’appliquer le désinfectant et de le laisser agir.

Pour l’hôpital, ont donc été inventées des solutions dites détergences/désinfectantes qui en une seule opération sont à la fois capable d’enlever la salissure et de tuer les bactéries. C’est cette opération de détergence/désinfection qui constitue l’essentiel du bionettoyage.

 

Ce bionettoyage par emploi de solution de détergence/désinfection a cependant une limite. Je vous l’ai dit, il faut laisser la solution en une très fine couche agir quelques temps. Lorsqu’elle a agit la couche s’est solidifiée et au fur et à mesure des passages de solution désinfectante, se crée un empattement de la surface, un véritable microfilm qui devient absolument contraire à l’effet que nous recherchions. Les bactéries trouvent en effet refuge sous ces couches de détergent/désinfectant en sachant qu’au bout de quelques minutes, le détergent/désinfectant qui a séché est complètement inactif. Sur le plan de la mort des bactéries, on a une très fine pellicule sous laquelle les bactéries qui sont extrêmement inventives viennent se cacher, voir proliférer.

Nous sommes donc conduits à faire une rénovation du sol, pour au bout de quelques jours, nous débarrasser de ce biofilm si néfaste. Si l’on saute cette étape de détergence simple, à ce moment là nos sols vont être extrêmement encrassés, collants, ternes, bref très désagréables mais surtout un vrai refuge pour les bactéries.